Au salon de la Musique avec une Squier Stratocaster Hello Kitty (spécial pour ma soeur)
Je m'appelle Vicken j'ai 6 ans et nous sommes en été 1997. Je ressemble à un petit pantin, je suis tout maigre et pas costaud, j'aime bouger je suis sportif. Pour ne pas rester seul à la maison à s'ennuyer et à s'énerver, mes parents ont décidé de nous envoyer au centre aéré de notre école moi et mon grand frère Arno qui a 8 ans. Nous avons l'habitude d'aller là bas et nous aimons bien cet endroit. Les animateurs sont sympa avec nous et nous avons quelques bons amis. Enfin bref nous sommes content d'aller là bas, on ne s'ennuie pas. Par moment, et surtout quand il fait beau en été, le centre aéré organise des sorties. C'est souvent dans des musées ou alors juste au parc le plus proche et franchement c'est plus sympa que de rester sur place.
Un jour le centre organise une sortie en forêt pour faire une randonnée. Alors on est prêt dès le matin, après avoir récupéré notre grand-mère qui sortait de l'hôpital, notre père nous emmène au centre aéré. Il y a un car qui nous attend devant l'école et il nous emmène en dehors de Paris dans la forêt de Meudon. Nous allons passer la journée là bas alors nous avons des pique-nique. Pendant le trajet je parle avec un ami, tout se passe bien. Une fois arrivé sur place nous descendons du car. Nous nous trouvons en pleine forêt, c'est beau, c'est chouette, nous allons enfin pouvoir nous dégourdir les jambes. Nous marchons avec tout le groupe (nous sommes assez nombreux), les garçons fiers à la forte tête marchent devant et les moniteurs qui sont au nombre de 6 marchent loin derrière en train de discuter. Pas beaucoup de surveillance pour des jeunes turbulents en pleine forêt. Comme si on ne s'y attendait pas, les plus malins s'amusent à se battre avec des bâtons qu'ils ont ramassé par terre. Moi je marche tranquillement sans me soucier des autres et comme je ne suis pas distrait je me retrouve vers l'avant du groupe là où il y a surtout les garçons turbulents justement. Nous sommes en pleine forêt mais nous arrivons au bord d'une route paumé qui la traverse. C'est le genre de route où il ne passe plus de voiture depuis un siècle. Nous nous arrêtons donc devant cette route en attendant les autres qui sont resté derrière et qui arrivent petit à petit. Je ne suis pas très loin de deux garçons qui sont en train de se prendre pour des mousquetaires avec leurs bâtons ; ils sont à une dizaine de mètres de moi. Je les regarde vaguement d'un air peu attentionné, bref on attend. Tout à coup, pendant que je les regardais, l'un d'entre eux lance son bâton sans se poser de questions, on ne sait toujours pas pourquoi. Je ne m'y attendais pas du tout, ça m'a surpris, le bâton fonçait à toute vitesse en ma direction, je n'avais même pas eu le temps de me rendre compte de la situation mais le bâton m'avait déjà détruit presque tout l'intérieur de mon oeil gauche, et là chaos total. Si le bâton avait fait un centimètre de plus j'aurai été atteint au cerveau et je serais tombé raide mort sur place. Tout cela s'est passé très vite, le bâton est retombé, je ressentais la douleur de ma vie, la pire qui soit, je n'avais plus d'oeil. Je criais très fort, je ne comprenais plus rien, j'avais la main collée sur mon oeil. Là tout le monde a accouru près de moi, ils ont su ce qu'il s'était passé. Moi je croyais que j'allais mourir, c'était insupportable, j'en ai encore mal aux yeux de raconter ça. Un moniteur accourt vers moi, on me demande si ça va, moi je m'en fou je pleure.
Ce qu'il s'est passé après est plutôt miraculeux. Je ne savais toujours pas mon sort. Exactement une minute après l'enfer, Dieu m'envoie ses anges. Juste sur cette route où il n'y avait que deux véhicules qui passaient par jour et bien là juste à ce moment là, que vois-je ? Un camion de pompier tout beau tout neuf qui passait par là comme par hasard on ne sait vraiment pas pourquoi. Le moniteur leur demande de s'arrêter et leur dit qu'il y a un petit enfant à secourir. Qu'aurais-je fais sans ce camion de pompier ? Personne ne le sait. Impossible de faire atterrir un hélicoptère dans cet endroit. Je monte avec les pompiers, je regarde une dernière fois mon frère mais j'ai envie qu'il vienne avec moi, malheureusement c'est impossible. Dernier demi regard échangé avec le monde, nous partons...
Comme c'est rigolo j'arrive en autocar et je repars en camion privé, quel luxe. Pendant le trajet les pompiers me bandent les yeux et je m'allonge. Je rigole avec eux, j'ai l'impression que ce qui m'est arrivé est moins grave que je ne le pensais. On descend moi je suis allongé sur un brancard j'ai les yeux bandés. On arrive dans un hôpital, il s'agit de l'hôpital Antoine Béclère. Mais que cela n'importe. Là bas je me fais examiner par un médecin, une dame très gentille. Puis elle me remet un bandage sur les yeux. Elle dit qu'il faudra m'opérer en urgence et me raccommoder l'oeil pour réemployer ses mots. Je comprends tout de suite, j'ai très peur, je pleure presque, je ne sais pas ce qu'il va m'arriver, je n'avais jamais connu tout ça avant. La peur ne veut pas dire que l'on n'est pas courageux, c'est normal d'avoir peur surtout quand on a 6 ans et qu'on ne connaît pas. Mais rien n'empêche un enfant de 6 ans de se comporter comme un adulte et d'en devenir un, lisez la suite. Le médecin dit qu'il faut me transférer à l'hôpital du Kremlin - Bicêtre car c'est là que se trouve le grand professeur Offret un ophtalmologue de renom. Alors je quitte cet endroit pour aller dans l'autre hôpital en ambulance. Pendant que l'on m'emmène sur le brancard, le moniteur du centre aéré, qui avait un téléphone portable, prévient les personnes à prévenir. Et là je croise un autre petit garçon de mon âge, je ne sais pas pourquoi on s'arrête devant lui mais il me parle, il a eu un accident quelque part lui aussi. Je ne peux pas le voir et je ne me souviens même plus de son nom mais il souhaite bon courage et il me serre la main. C'est le genre d'instant inutile mais assez fort qu'on n'oublie jamais. Je rentre dans l'ambulance et puis nous partons...
J'arrive dans l'hôpital, je ne me souviens pas vraiment, j'avais encore les yeux bandés. On m'enlève mon bandage, je ne sais pas où je suis. Je ne sais plus comment ça s'est fait mais un médecin d'origine arménienne (c'est une femme) comme moi viens me parler quelques mots en arméniens à l'oreille pour me rassurer, on découvrira plus tard qu'il s'agit en fait d'une cousine éloigné. En peu de temps je me retrouve dans une chambre située dans la section ORL des adultes. Je suis traité comme un adulte, par des adultes, chez des adultes. Une jeune infirmière m'aide à me déshabillé et m'enfile une sorte de longue tenue stérilisée. Ensuite je me retrouve dans mon lit et je suis très très curieux, j'ai en même temps peur, je ne sais pas ce qu'il va m'arriver et en même temps je me sens bien là où je suis. Mais ça ne va pas rester longtemps comme ça. Vous connaissez le mythe de "La Grosse Infirmière" ? Et bien ce n'est pas un mythe c'est vrai. Quand vous étiez petit et que vous étiez à l'hôpital n'y avait-il pas toujours une infirmière bien plus grosse que toute les autres et qu'elle vous faisait peur, c'est celle qui vient toujours pour les trucs embêtant, on se demande pourquoi c'est "la grosse infirmière" qui fait les piqûres alors que les autres apportent le repas, viennent nous dire bonjour, rangent notre chambre et aiment rigoler. Alors bon il y a la grosse infirmière qui rentre et qui me fait la totale avec la prise de sang et la perfusion, elle m'embête bien avec ça, c'est vraiment dur. Peu après je vois des têtes familières rentrer dans la chambre. Tout d'abord la directrice du centre aéré qui vient me voir, c'est normal. Et puis là je vois mon père, il rentre il court il est inquiet, il viens tout de suite se coller à moi pour m'accabler de questions horribles. Devant tant de colère je ne peux pas répondre, je ne sais pas quoi dire, je suis paralysé à nouveau. C'est le genre de personne qui vous donne sans arrêt envie de pleurer mais vous ne pouvez pas, c'est horrible comme sentiment. J'allais encore plus mal après. Donc j'allais me faire opérer à l'instant même en urgence. On me promenait dans l'hôpital sur mon lit jusqu'à la salle d'opération, mon père m'accompagnait mais il devait me laisser à l'entrée. Là je ne me souviens plus de grand chose. Il y avait un jeune homme d'un vingtaine d'année allongé à côté de moi et il me demandait ce que j'avais, je lui expliquait et lui aussi il m'expliquait qu'il avait eu un accident de moto et que voilà. Là on me fait respirer une sorte de gaz dans un masque et puis après je dors.
Le truc dans toute cette histoire c'est comment un tout petit enfant de 6 ans qui n'avait jamais connu ça tombe du jour au lendemain dans un univers inconnu et plutôt effrayant entouré de plein d'adultes et de froideur. Un monde où l'on ne sait pas du tout ce qu'il va nous arriver, comment ça va se passer. On a toujours la peur de l'inconnu. Et le courage c'est ça, c'est d'y aller, même si on a très peur faut y aller. On se dit au fond que tous ces gens là ne sont pas là pour nous détruire bien au contraire alors déjà ça nous rassure. Je peux vous dire à ce moment là on s'en pose pas mal des questions, surtout à l'âge où l'on est très curieux et anxieux. Lorsqu'un enfant de 6 ans est plongé dans ce monde et qu'il se pose des questions il n'en ressort pas en ayant rien appris, au contraire ça le forge, ça le construit, ça le grandit, ça fait qu'il devient un homme plus vite que les autres. On est entouré d'adultes qui ont tous des problèmes encore plus grave et que l'on envie pas du tout et tout d'un coup on se sent moins malade, on se sent bien. Parfois un voisin de chambre (un vieux monsieur) vient nous parler et ça nous remonte le moral. On sent que l'on est soutenu par tous ses proches et aussi par quelqu'un d'autre de plus puissant qui existe forcément quelque part dans nos têtes et sur lequel on peut s'appuyer si on y croit. Rien à battre qu'il existe ou pas mais si on y croit on peut se permettre de s'auto motiver. Je connaît peu de gamins de 6 ans, et même plus, se poser autant de questions seul dans le calme sur sa condition. Un abruti de première catégorie ne se serait contenté que de ce qu'il voit en surface avec ses yeux et il ne se serait pas tenu tranquille. Le rire est le propre de l'homme mais penser n'est le propre que de certains hommes.
J'étais donc entre les mains du professeur Offret, il m'avait miraculeusement réparé la rétine qui était très abimée et il a fallu dire adieu à mon cristallin qui était mort. Dans la salle de réveil j'étais encore dans un profond sommeil et à ce moment là mon père est venu près de moi et il m'a dit : "Vicken si tu m'entend, donne moi la main" et là je lui ai tendu la main, je dormais toujours. Voilà ça c'était le premier jour, le matin même j'embrassais ma grand mère qui sortait de l'hôpital et je me préparai pour aller à la sortie, et ce soir me voilà dans une chambre d'hôpital la mienne cette fois ci. Mon père est resté dormir avec moi pendant toute mon hospitalisation car j'avais moins de 15 ans. Les jours passaient, je me promenais avec ma perfusion dans les couloirs, on m'examinait tous les jours, je recevais du monde dans ma chambre. Le Père de la chapelle venait aussi me réconforter il m'apportait des cadeaux. Moi tout d'un coup j'avais moins peur car j'en savais un petit peu plus sur cet univers. Il restait quand même des moments pas drôle du tout. Moi j'étais moins anxieux, j'avais vraiment envie d'être plus fort que mes problèmes, je rassurais ma famille. Je me souviens d'un jour où mon père était à mon chevet et je l'ai surpris en train de pleurer, mais je me disait que c'est impossible, mon père qui pleure mais c'est du jamais vu, je ne comprenais pas, ça me faisait un choc. Lui c'était impossible qu'il pleure. Et là de le voir pleurer ça m'a fait de la peine. Je lui ai demandé : "Qu'est-ce que tu as papa ?" et lui : "Non c'est rien, on va gagner, on est les plus forts" c'est ce qu'il me répétait sans arrêt. Quelques jours plus tard je me suis fais réopérer par le docteur Labetoulle cette fois ci, c'est lui qui s'est chargé de ma faire l'implant de mon nouveau cristallin artificiel et de me faire les points de sutures dans l'oeil. À l'hôpital j'ai eu l'occasion de connaître du monde. J'ai vu que la grosse infirmière n'était pas si méchante que ça, j'ai gagné beaucoup d'argent (1200 FF
^^ pas mal à l'époque), j'ai appris à me servir seul d'un distributeur de boissons, j'ai rigolé aussi à certains moments. Et j'ai aussi fait la rencontre d'Isabelle. Isabelle c'était une infirmière de nuit, elle venait le soir après le dîner pour voir comment j'allais et me parler un petit peu. Rapidement nous sommes devenu bons amis et elle m'appelait mon Roudoudou en raison du doudou que j'avais décidé de prendre avec moi (pour info ce "Roudoudou" je l'ai toujours en souvenir, c'est un cadeau de naissance). Je l'aimais bien Isabelle, c'est elle qui était venue me rassurer lorsqu'en pleine nuit il y avait eu un orage impressionnant et que je n'arrivai pas à dormir. Je garde des images très bizarre de cet orage car j'ai l'impression d'avoir vu une grosse "boule de feu" rouge s'écraser sur un immeuble et des éclairs de toutes les couleurs. De la fenêtre de ma chambre j'avais une pleine vue sur Montmartre et le Sacré - Coeur. Après quelques dernières futilités dont je ne me souviens plus, je suis sorti de l'hôpital au bout de deux semaines, j'étais très heureux et c'était une surprise pour tout le monde.
Mais après cela j'ai du retourner à l'hôpital toute les semaines pour me faire examiner par le docteur Labetoulle. Ce bon docteur Labetoulle, il venait d'être père mais il m'aimait comme son propre fils, je le considérais comme mon père vu la manière dont il s'occupait de moi. C'est lui qui m'a forgé je pense. Et ensuite au fils des années c'était toujours lui et rien que lui qu'on voyait. Quand je venais pour une consultation il tenait à me recevoir en personne alors que tout le monde le demandait. Il m'a vu grandir. C'est mon pote, c'est (presque) mon père je l'aime. Après ma sortie de l'hôpital j'ai du suivre un traitement lourd avec des gouttes dans les yeux tous les jours et des tonnes de médicaments, je devais aussi sortir en protégeant mon oeil avec un hublot. À l'école tout le monde me demandait ce que j'avais, je ne sortais pas en récréation, je n'allais pas en sport, j'ai arrêté d'aller au centre aéré, j'ai été obligé d'arrêter toute activité sportive, nous sommes resté chez nous sans sortir, nous nous sommes sédentarisé, mon père est devenu gravement paranoïaque et moi je suis devenu un homme. Alors il y a le pour et le contre. Ensuite j'ai du porter des lunettes, je détestais ça, je ne devais les mettre que pour travailler, lire ou regarder la télévision. Mais je ne les mettais pas ce qui mettait mes parents en colère. Puis j'ai fini par ne plus les mettre et mon père s'est servit de mon accident pour se permettre de me faire toutes les menaces qu'il voulait. Tous les ans je retournais à l'hôpital pour une consultation, en fin du compte j'avais retrouvé la vue de l'oeil gauche plus que ce que l'on espérait, les médecins avaient parlé d'un "miracle". Et les deux auteurs du miracle étaient le professeur Offret et le docteur Labetoulle. J'ai quasiment retrouvé la vue de l'oeil gauche mais ça ne sera plus jamais comme avant, je ne sais plus ce que ça fait de voir avec deux yeux, et c'est drôle et presque effrayant de se dire que l'on a qu'une seule vie et que toute cette vie on va la passer sans plus jamais savoir ce que ça fait d'avoir deux yeux. Et c'est tout aussi indescriptible de savoir que l'on va désormais vivre avec un cristallin artificiel et puis mourir avec un cristallin artificiel. C'est drôle se s'imaginer que l'on est pas humain à 100 % et qu'une petite partie de nous n'est pas d'origine (cependant je suis contre les femmes refaites qui ne sont pas d'origine c'est plus beau quand c'est naturel, et heureusement que j'ai encore des yeux pour les voir). Mon cristallin artificiel est dans mon oeil mais je ne l'ai jamais vu, c'est un comble. Une greffe ce n'est pas que les reins, les poumons et les coeurs mais ça peut être n'importe quelle autre chose. Et comme toute greffe il y a des risques de rejets. Ce cristallin artificiel est une greffe... Je vous laisse imaginer la suite.
Au fils des années ma vue ne s'était pas améliorée de manière spectaculaire mais c'était déjà pas mal. Avec mon oeil je voyais très flou et je ne pouvais même pas m'en servir normalement. Ce cristallin était donc artificiel et comme c'était un corps étranger mon organisme s'est défendu contre cet inconnu ce qui a provoqué une sorte d'amas de matière opaque derrière "la vitre" de mon oeil. Lorsque j'ai eu 14 ans il a été décidé de me nettoyer tous ces dépos au laser. Je vous explique ; le laser est une technique utilisée en ophtalmologie, c'est plus simple que de faire une grosse intervention chirurgicale surtout quand ce n'est pas nécessaire. C'est tout à fait indolore, ça se passe sur la même machine sur laquelle le médecin vous examine. Il ne faut surtout pas bouger pendant l'opération ce qui très difficile car la lumière dirigée vers vous est éblouissante, mais la pièce ne doit pas être éclairé. Juste avant on nous met des gouttes pour insensibiliser l'oeil. Donc ce laser était censé nettoyer l'intérieur de mon oeil pour enlever toute cette opacité. Nous y sommes allé pour une matinée, on me prépare vite fait, et là notre Labetoulle me fait le laser mais il avait dut sûrement en mettre une bonne dose car c'est là que tout bascule. Une fois fini mon oeil me fait un petit peu mal c'est normal c'est sensible. J'étais avec mon père et nous rentrons en métro. Je marche jusqu'à chez moi, je me sens bien et je reste toute l'après-midi seul chez moi tranquille. Je suis content c'est le début des vacances d'avril, je suis en 3ème, nous sommes en 2005, j'ai 14 ans.
Non ça ne va pas s'arrêter là, le soir je tombe mort sur mon lit, je ne peux plus bouger, j'ai le pire mal de tête que vous puissiez imaginer, je souffre de l'oeil, j'ai envie de mourir, je vomi tout le temps, je ne vois rien, je perds mon contrôle. Ma mère essaye toutes les petites choses qui peuvent m'aider mais cette fois rien n'y fait. La nuit je ne dors pas, je continue à vomir, mon oeil va exploser. Le lendemain matin nous appelons l'hôpital et ils nous disent de venir sans plus attendre. On saute dans la voiture moi et mon père et on y va. En sortant et en marchant vers l'entrée de l'hôpital je vomis encore un peu partout. Et là peut-être que pour vous ça vous parait banal mais je remet les pieds là où j'étais il y a exactement 8 ans. Oui car lorsque je venais pour les consultations je n'allais que dans la partie des rendez-vous toute simple avec les gens de l'extérieur, mais là je suis enfin revenu, j'ai remis les pieds là, le couloir où il y avait MA chambre il y a 8 ans, là où je me baladais avec ma perfusion à 6 ans, je reconnaissais ces endroits qui m'avait tant marqué, vous ne pouvez pas vous imaginer mais ce n'est pas grave, c'est pour moi que ça compte. On attendait le médecin, j'allais mal, une infirmière m'a apporté un comprimé, j'ai mangé un petit truc et là j'ai fait un geste que je n'aurai jamais imaginé, je l'aurai peut-être fait il y a 10 ans mais là je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans ma tête : Je me suis penché vers mon père et je l'ai serré dans mes bras. Je n'ai pas compris tout de suite moi même. Là le médecin interne m'a examiné, j'ai encore vomi, il a pris la tension de mon oeil et là je ne me souviens plus très bien mais elle devait être à 40 ! Enfin un truc super élevé et très très dangereux, c'est même à cause de l'hypertension de l'oeil que mon grand père est devenu aveugle car ça a abimé son nerf optique. Sachant que la tension normale est de 8 un truc comme ça. Alors il a été décidé de me garder quelques jours à l'hôpital. Et c'est repartit pour un tour ! En fait il y a des personnes comme ça où il ne vaut mieux pas y aller comme un bourrin avec le laser, la puissance du laser était trop forte, donc comme l'avait dit le médecin, si ça ne marche pas on opère traditionnellement. J'ai passé la première semaine de mes vacances hospitalisé, avec perfusion et tout ça. Mon père devait encore rester avec moi car je n'avais toujours pas 15 ans. Alors des tonnes et des tonnes de médicaments, des gouttes et encore des gouttes, pas d'opération mais un gros traitement. Un soir, après avoir bien mangé, j'étais allongé dans mon lit peinard avec mon père à côté de moi, on regardais la télé je crois, et là quelqu'un entre, c'est une infirmière de nuit au visage bien sympathique. Elle vient me faire la prise de sang quotidienne. Avant qu'elle parte mon père parle un peu avec elle. Il lui raconte que j'étais un petit enfant quand j'étais ici la première fois et que nous étions très content du personnel qui s'occupait bien de nous et surtout de moi. Il disait aussi qu'il y avait une infirmière dont-il avait oublié le nom qui portait des boucles d'oreilles créoles et qui m'aimait bien et qui devait faire ceci cela aussi, il voulait savoir si elle était encore là. Il dit : "J'ai oublié son nom", moi je dis : "Je m'en rappelle elle s'appelait Isabelle, oui c'est ça". Et là elle nous dit : "Mais c'est moi Isabelle, c'est moi qui portait des boucles d'oreilles et c'est moi qui t'appelait mon Roudoudou". Et là vous vous imaginez bien dans quel état nous nous sommes retrouvés. Les merveilleuses retrouvailles. Son petit Roudoudou avait grandi et était devenu un gros Roudoudou allongé dans son lit. Oh que j'étais heureux, c'était devenue ma petite infirmière privée hmm hmm. Bien sûr tout cela faisait que j'allais mieux, mais donc après que je sois sortit je devais prendre au moins 10 médicaments par jour matin, midi et soir ce qui fait au moins 30 par jour. J'avais donc fait un tableau avec tout mon programme médicamenteux et je cochais chaque jour ce que je prenais. Puis on est partit en vacances pour se ressourcer, j'ai emporté ma salade de médicaments avec moi.
Il était donc décidé de m'opérer traditionnellement. On avait fixé une date pour l'opération, ça allait être le 12 juillet, je m'en souviens encore. Alors on prenait plusieurs rendez-vous entre temps. On avait vu le médecin anesthésiste, c'était une dame, un rendez-vous humiliant en présence de mon père qui ne pouvait s'empêcher de l'ouvrir quand il ne fallait pas (fidèle à ses habitudes). Il était prévu, enfin d'après ce que j'avais compris, que ça allait être une anesthésie générale comme d'habitude et non pas locale (une piqûre dans l'oeil). Alors je termine mon année de 3ème en beauté, j'ai mon brevet tranquillou, je dis adieu à des gens cons et formidables. Le 12 juillet approche. Le 11 l'après-midi je dois partir. Une fois arrivé je me retrouve, encore une fois, dans les locaux où j'ai été il y a quelques mois déjà. J'arrive, je ne suis pas considéré comme un malade, je suis comme un visiteur, je ne suis qu'un bonhomme en pleine forme qui vient juste se faire opérer et qui va repartir vite fait après. Je n'ai même pas de perfusion. Le soir je suis obligé de prendre une douche avec un produit spécial de couleur rouge c'est bizarre et je dois bien entendu rester à jeun. Le lendemain matin je dois reprendre une douche avec le même produit et là comme je suis à jeun je me sens encore plus faible et à ce moment là j'ai vraiment cru que j'allais mourir car j'étais justement en train de m'évanouir comme cela m'arrive souvent. C'est bien entendu un environnement propice aux évanouissements car il fait chaud et il y a un manque important d'oxygène. J'ai fais une vraie crise, j'essayais de respirer (car je connaissait quelqu'un qui était mort de la même manière, alors pendant ce temps croyez moi qu'on ne rigole pas), et personne ne pouvait m'aider. Je me suis cru au Paradis une fois que j'étais enfin sortit vivant et que j'avais respiré l'air frais de l'extérieur. Ouf ! Je suis retourné dans ma chambre et je me suis préparé pour l'opération avec l'espèce de tenue bizarre qu'on nous donne, c'est presque humiliant quand on est grand et qu'on a toute sa tête. J'attendais les gars qui allaient m'emmener en salle d'opération. Trajet sympa avec mon père qui était en train de parler de mal de dos avec le brancardier. On me laisse ensuite dans une salle où plusieurs personnes attendent dans leur lit pour aller se faire opérer. À côté de moi il y avait un enfant qui avait le même âge que moi quand j'étais à sa place la première fois, à 6 ans. Sa mère était avec lui, je ne sais pas pourquoi, et elle pleurait toutes les larmes de son corps. Cela me fit tout de suite penser à moi étant petit. "Maintenant Vicken tu es grand et il en faut plus pour t'impressionner" je me disais sans arrêt ça, je n'étais même pas anxieux, la veille j'étais peinard. Le médecin anesthésiste qui passait par là me réexpliqua tout et elle me dit "c'est une anesthésie locale comme convenu", j'ai protesté, "c'est quoi cette arnaque ?!" non ce n'est pas vrai, le dernier truc auquel je pouvais m'attendre. Elle me dit que non c'était comme ça et que je ferais mieux de me taire et d'attendre car Labetoulle passerai bientôt. Mouais, en tout et pour tout j'ai attendu au moins cinq heures allongé dans un lit privé de ses oreillers sans bouger et comme par hasard on nous avait pointé devant une télé qui passait France 2, le pire ennui de toute ma vie, je préfèrerais mourir que de revivre un tel ennui. On a envie qu'ils viennent nous chercher mais on en a aussi peur maintenant qu'on ne sait plus ce qu'il va nous arriver. Après avoir failli mourir d'ennui, on vient me chercher. Je monte sur le billard, on me couvre d'une couverture chauffée (trop bon) et on me roule en salle d'anesthésie avant l'opération. Alors là je suis resté un bon moment. Je n'aime pas les trucs qu'ils nous mettent sur la tête, les électrodes que l'on nous place sur le corps, on ne voit rien et c'est bizarre. On m'a demandé si je ne voulais pas un produit pour me rendre légèrement inconscient, j'ai accepté sans hésiter, alors on a quand même dut me faire une perfusion, mais je m'en foutait, "piquez moi partout, depuis quand les aiguilles font mal ?". Et là un médecin arrive, c'est l'anesthésiste, mais ce n'est pas la même conne qu'auparavant, cette fois c'est un monsieur très sympa avec une voix très rassurante, c'est un oriental ça se voit, j'aime bien ça, il m'explique comment il va me faire une piqûre dans le coin de l'oeil. "Ce n'est rien du tout à côté de tout ce que ton oeil à déjà connu", je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais cette phrase m'a complètement détendu, ça y est j'étais carrément peinard comme avant, tranquille, ok. On m'emmène plus loin, je respire normalement, je suis enfin dans la dite salle d'opération, entre les mains du docteur Labetoulle. Donc je suis conscient, je parle, je discute, je leur dis si ça va, tout va bien. Donc là pendant un quart d'heure le docteur Labetoulle m'a nettoyé la vitre interne de l'oeil sans que je ne sente rien. C'est une petite opération mais la faire sous anesthésie locale est quelque chose de quand même très difficilement supportable par un adulte alors que moi j'étais cool et "sage". Sans que je m'en rende compte on m'avait pénétré l'oeil et on avait fait le ménage. On m'a quand même conduit en salle de réveil, j'étais entouré de vieillards qui avait de la peine à se réveiller, moi je ne savais pas ce que je faisais là, j'étais éveillé et en pleine forme. J'avais simplement un bandage sur l'oeil recouvert d'une coque. L'après-midi mon père s'est permis de m'apporter un goûter de chef alors qu'il croyait toujours qu'on m'avait endormi. Mais non si on m'avait endormi je n'avais pas le droit de manger encore tout de suite n'importe quoi. Je lui ai bien dit que je n'avais pas été endormi. Le médecin est passé, ça m'a fait plaisir, puis le soir Isabelle était là, comme ça me faisait plaisir ! Le soir j'ai bien mangé aussi, j'ai bien dormi. Le lendemain je me suis levé, on m'a enlevé mon bandage, ça faisait mal, je ne voyais pas encore vraiment ce qui était normal. J'ai mangé à midi, je me suis habillé en moins de deux, je me baladais encore un peu dans les couloirs, je n'étais pas un convalescent, je n'étais même pas allongé sur mon lit, ils auraient juste dut me donner une chaise ça aurait largement suffit. Je regardais par la fenêtre, je m'ennuyais vraiment.
J'étais entré le 11 le 13 au soir j'étais chez moi...
Les médicaments ne se sont pas arrêté là, ça a duré encore quelques mois, et pendant toute la duré du traitement d'avril jusqu'à septembre je devais suivre un régime particulier, je devais faire attention de ne pas avaler le moindre grain de sel. Depuis le mois de septembre 2005 je ne suis plus jamais allé en consultation à l'hôpital mais bien sûr je sais que je devrais y aller encore toute ma vie alors que certain ne commence à y aller qu'à partir de 70 ans. Voilà, je venais de rentrer en seconde et là d'autres événements allaient me changer la vie mais c'est une autre histoire.
Il me semblait important que vous sachiez tout cela.
Vous qui avez lu tout cela sachez que qui que vous soyez et que même si je ne vous connais pas, et bien j'ai du respect pour vous, voilà tout ce que j'ai à vous dire, je vous respecte. On a peut-être envie de mourir mais il y a des moments comme ça qui nous mettent en garde pour nous dire que la vie est précieuse et que c'est la première chose dont on a besoin.
ALORS VIVEZ ! QU'ATTENDEZ VOUS ?